vendredi 12 septembre 2008

d'Eurovision en dérision...

La guerre culturelle a été déclarée! Et pas des moindres. Ce que l'on considère en France comme un archaïsme culturel, si bien qu'il est retransmis sur la troisième chaîne française (Les médias de proximité, dit-on) est en passe de devenir, tenez-vous bien, l'objet d'une tentative d'intimidation de la Russie par les Etats Baltes.
Rappelons qu'en mai 2008, la compétition de l'Eurovision a été remportée par la Russie, représentée par l'interprète Dima Bilan. Selon la tradition, c'est au pays vainqueur d'assurer l'organisation de ce song-contest l'année suivante. Les Etats Baltes menacent désormais de boycotter le fameux concours d'interprétation, en réponse à l'action militaire menée par la Russie en Géorgie en août 2008. La pop star, qui doit assurer deux prestations en Lituanie durant le mois de septembre - à guichets fermés - a en revanche annulé ses concerts prévus dans la capitale estonienne pour des raisons encore indéterminées.
On peut supposer que les Etats Baltes, qui n'ont pas manqué une occasion de faire montre de leur solidarité vis-à-vis de la Géorgie, craignent également pour leur intégrité. A moindre échelle peut-être en Lituanie, si l'on part du principe que la communauté russophone est bien moins importante qu'à Riga ou Tallinn. Ceci dit, l'exclave russe de Kaliningrad pèse sur les relation russo-lituaniennes, pas tant pour le transit des personnes mais plutôt pour le FRET et les convois militaires. Des rumeurs courent sur l'envergure de l'arsenal nucléaire russe "délocalisé" vers Kaliningrad. Mais revenons-en à nos moutons.
Pourquoi vouloir à tout prix prendre en otage l'aspect culturel des relations européennes? La politique ne cessera donc jamais de mettre son long nez partout. A ce compte là, n'aurait-il pas fallu accorder, durant les J.O. de Pékin (dire "Beijing" ça sonne un peu bobo pour un francophone, ne trouvez-vous pas?) le droit aux athlètes Hutu de refuser la compétition face aux athlètes Tutsi, comme pour symboliser la plaie du génocide rwandais de 94.
Dans le cas de l'Eurovision édition 2009, l'occasion rêvée pour les Etats Baltes de narguer la Russie est servie sur un plateau d'argent. Mais la saisir, est-ce finalement intelligent? La politisation systématique de l'a-politique présente un risque fort pour des nations de faible superficie (toutes proportions gardées avec UE27), qui est l'effrittement de leur capacité à faire la part des choses. Réagir à un conflit politique ou ethnique, cela peut se matérialiser par le refroidissement des relations diplomatiques ou économiques (boycott, embargo), mais ce qui doit absolument être préservé - et malgré toute la rancoeur éprouvée par les Pays Baltes vis-à-vis de la Russie, je maintiens mon propos - ce sont les relations basées sur l'échange culturel, technique et sportif. Concernant les relations Turco-arméniennes, l'actualité me donne raison.
En somme, l'Eurovision vaut ce qu'elle vaut. Tournée en dérision à l'ouest, prise plus au sérieux à l'Est, dans tous les cas il serait dommageable de l'empreindre d'une quelconque couleur politique. Les résultats des votes par pays sont déjà suffisamment significatifs des préférences de l'audience, qui représentent tout sauf l'appréciation d'une prestation artistique.
Je vous invite à consulter le tableau des votes pour chaque pays sur ce lien, et à observer l'origine des votes les plus élevés (12 points). Si cette donnée n'est pas lourde de sens....

jeudi 11 septembre 2008

La fine équipe du 11

Ce billet fait écho à une controverse de type franco-française, sur laquelle j'ai pris le temps de réfléchir un peu avant de réagir, craignant que les parasites émotionnels n'affectent mon point de vue. Autant l'annoncer de suite, ceci n'a rien à voir avec les Pays Baltes.
Nous avons en France une relation au comique tout à fait singulière. Citez-moi un comique français qui se soit essayé à la chose politique sans s'être planté... Vous m'épargnerez le cas de Coluche, qui pour s'être planté, s'est planté au premier sens du terme... dans un camion. Triste exemple, malheureusement, que celui d'une personne qui entendait sincèrement briser quelques vieilles conventions.

Dieudonné, dont on oublie peu à peu la carrière d'humoriste (pas par notre faute, ceci dit), qui éprouve un mal dingue à contenir un "antisionisme"- dixit - exacerbé. Il est loin le temps de Cohen et Bokassa joués par les deux acolytes qui alimentent et démentent, alternativement, les rumeurs de reformation du duo comique. Il est loin ce fameux sketch, absolument hilarant, sur l'équipe du 11 septembre dans laquelle l'humoriste dépeint l'organisation des attentats par une bande de bras cassés. C'était pourtant en 2003. En voici la vidéo :

Ce temps là est donc révolu. Il est pourtant difficile de concevoir la vitesse à laquelle la réputation de l'humoriste est parvenue à basculer aux antipodes de notre estime. La presse n'étant pas tout à fait innocente non plus dans ce travail de calomnie, elle est ainsi la première à aller titiller le papa de la filleule de Neunoeil pour qu'il nous fasse une nouvelle sortie sur le thème d'Israël ou du peuple juif. Ou bien, faire de son fonds de commerce favori, le servage des populations africaines durant le commerce triangulaire, le fer de lance d'attaques qu'on ne remarque plus, du reste. Ainsi Dieudonné promet-il des jours heureux à la théorie du complot.

Sur le thème du 11 septembre, d'autres humoristes ont multiplié les pirouettes plus ou moins drôles, je me rappelle par exemple d'une petite phrase de Christophe Alévêque qui vaut ce qu'elle vaut : [A la différence des USA], "nous avons encore toutes nos tours". Décevant de la part d'Alévêque qui nous a habitués à des "subtilités plus subtiles", passez-moi l'expression.

Dans le style Bulldozer de l'humour, ceux qui appellent un chat un chat (reste à savoir si le masculin est pertinent) comme le fait Jean Marie Bigard grâce à la richesse reconnue de sa palette d'expression, sont connus pour faire dans le gros et le gras. Il faut un public pour tout. Vendredi dernier, il a défendu à l'instar de Marion Cotillard la thèse du complot dans les attentats ayant touché le Pentagone en septembre 2001. Mais maintenant on le sait, ce n'est plus un mythe - si tant est que c 'en fût un - Bigard n'a jamais décroché d'Oscar pour quoique ce soit! Trève de plaisanterie.

Soutenir une thèse qui n'a pas été prouvée scientifiquement - alors que la thèse adverse, donnée pour "officielle", ne repose non plus sur quelque preuve matérielle n'a rien de répréhensible. Il y a ceux qui soutiennent la théorie évolutionniste, et d'autres la théorie créationniste. Le débat existe, il est d'ailleurs intéressant. La science tend à montrer qu'une approche est plus valable que l'autre, soit. Ceci dit, lorsque la presse s'insurge contre les propos de Bigard (qui s'exprime sur la chose comme il le fait en humour, cest-à-dire maladroitement à mon sens), elle n'y va pas de main morte et écarte l'idée de la possibilité d'un débat. Le mot qui revient tel un leitmotiv, c'est le dérapage. Le Parisien titrait "Quand Bigard dérape", Nouvelobs quant à lui arbore en titre "Bigard dérape sur les attentats du 11 septembre" et France-Soir (un journal jaune s'il en est) et sa fine équipe de stagiaires Jeun's titrent "Bigard dérape grave".

C'est qu'on a tendance à refuser à quelque non-expert en investigation qu'il vienne s'exprimer librement sur un média. Les arguments qu'il donnait n'étaient certes pas des arguments, mais plutot du concentré de "Des tas d'experts ont dit que", mais ceci ne justifie en rien l'appellation de dérapage. Aller à contre-courant des idées officielles, dans les médias français, est toujours passible d'un jugement donné par le quatrième pouvoir. J'en suis le premier attristé. Toi Bigard qui ne me fais plus rire, tu as eu le mérite de soulever - sans l'avoir fait exprès, toutefois - un des grands vice du journalisme français, à savoir la timide acceptation des idées non conformes.

mercredi 10 septembre 2008

Labas - Bonjour

Soyez les bienvenus sur ce blog, dont les plâtres sont encore frais.

On assiste à un développement raisonnablement encourageant de pages webs personnelles consacrées à la vie de francophones dans les Pays Baltes et je m'en félicite. Le but n'est pas, bien entendu, de faire de l'ombre à ceux qui existent déjà et dont la qualité du fond et de la forme n'est plus à prouver, mais plutôt de "participer au débat".

Ceux qui s'intéressent aux activités francophones en Lituanie connaissent sans doute le blog de Gilles, ou Gilles lui-même, qui préfigure comme modèle en matière de blogs francophones dans cette région d'Europe. Les billets qu'il rédige quasi quotidiennement rencontrent une audience élevée chez les jeunes étudiants lituaniens francophones. Soyons honnêtes, disons plutôt "les jeunes étudiantes lituaniennes francophones". Pourquoi cette féminisation de la phrase? Tout simplement du fait que la population étudiante s'intéressant à la langue française, en Lituanie, est majoritairement féminine. En témoignent les effectifs dans les groupes d'apprenants au Centre Culturel Français de Vilnius, je suis plutôt bien placé pour évoquer cette donnée.
D'autres groupes s'intéressent à la vie politique des Pays Baltes, je cite notamment Nouvelle Europe et son président, Philippe Perchoc, qui poursuit sa thèse de doctorat sur la politique étrangère des Pays Baltes. Autant de personnes qui, malgré le froid qu'on prête aux relations officielles entre les Pays Baltes et la France, parviennent avec brio à donner de l'intérêt aux échanges entre citoyens d'ici et citoyens francophones.
C'est ainsi que je conclus ce court billet de présentation, en saluant les personnalités qui ont pris l'initiative de briser le rideau par la force des mots.